Contraintes de s'allier dans un secteur étranglé par la hausse des
coûts du kérosène, Delta Air Lines et Northwest Airlines ont finalement
annoncé leur fusion lundi, après des mois d'atermoiements, créant ainsi
la première compagnie aérienne américaine.
Delta Air Lines, troisième compagnie américaine, et Northwest,
cinquième, seront réunies sous le seul nom de Delta, et dirigées par le
PDG de Delta Richard Anderson, ont indiqué les deux groupes, après le
feu vert de leurs conseils d'administration lundi soir.
"La
fusion aide à compenser la hausse des coûts du pétrole et à créer une
compagnie plus forte, alors que les compagnies étrangères desservent de
plus en plus les Etats-Unis", ont-elles expliqué.
Elle sera réalisée par échange
d'actions, les actionnaires de Northwest recevant 1,25 action Delta par
action Northwest, 17% de plus que le cours de lundi soir.
Combinées, les deux compagnies
auront accès à 390 destinations dans 67 pays, avec un chiffre
d'affaires cumulé de 35 milliards de dollars, une flotte de près de 800
appareils et environ 75.000 salariés dans le monde.
La nouvelle compagnie Delta
pèsera 17,7 milliards en Bourse. La fusion devrait lui coûter, en un
paiement unique, moins d'un milliard de dollars, mais lui rapporter des
synergies d'un milliard de dollars par an.
De quoi résister en partie à la hausse
vertigineuse du pétrole, qui a doublé depuis début 2007, passant de 55
dollars le baril à 110 dollars.
A ce prix, toutes les majors
américaines seront déficitaires cette année, a prédit la firme Merrill
Lynch. Par mesure d'économies, Delta et Northwest ont récemment réduit
leurs vols intérieurs et leurs effectifs.
Le mariage
entre ces deux membres de l'alliance SkyTeam, qui compte aussi Air
France-KLM, était annoncé comme imminent depuis plusieurs semaines.
Mais il
butait sur l'opposition des pilotes, en désaccord sur l'élaboration
d'une grille d'ancienneté commune aux deux compagnies.
Ce problème reste à régler, mais les deux compagnies ont visiblement décidé de passer outre, au risque d'un conflit social.
"Delta fera tous ses efforts pour parvenir à un
accord commun avec les pilotes de Delta et Northwest sur les questions
d'ancienneté avant que la fusion ne soit bouclée", indique seulement le
communiqué.
Les deux groupes sont géographiquement
complémentaires. Northwest est bien implanté sur les marchés
asiatiques, avec notamment un accès à l'aéroport de Tokyo, et
solidement implanté dans le centre-ouest américain.
Delta Air Lines dispose d'un hub (plate-forme de
correspondances) à l'aéroport JFK de New York et d'un autre à Atlanta,
qui lui donne accès à l'Amérique Latine et aux Caraïbes. Toutes deux
ont une forte présence en Europe.
Leur union risque d'être la première d'une série de
concentrations dans le secteur aérien américain, émietté entre une
multitude de compagnies terrassées par l'envolée des coûts du
carburant.
Déjà plusieurs petites compagnies ont fait faillite
ces dernières semaines, comme Aloha, ATA Airlines, Skybus, Champion et
Frontier Airlines.
D'autres pourraient suivre, comme EOS, Sun Country, USA 3000 et même Virgin America.
Côtés fusions, la prochaine pourrait être celle de Continental et United.
"La disparition des petites compagnies à bas coûts
facilitera pour les grandes une hausse de leurs tarifs pour compenser
la hausse du carburant", a commenté une source proche du dossier,
"c'est une tempête salutaire".
Pour les voyageurs, cette consolidation risque donc
de se traduire par des hausses de tarifs, jusqu'ici freinées par la
concurrence des "low-cost".
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