J'avais 5 ans en 1968... Mais j'ai encore le souvenir de mon père, ayant délaissé sa Sicile natale dans un état de grande pauvreté, qui ne comprenait guère ce qu'il appelait une « révolte de petits bourgeois ». Je reconnais pleinement que ce mouvement a introduit des espaces de liberté individuelle dans une société corsetée et rigide. Mais il faut aussi reconnaitre que ces cadres ont permis à la génération de laprès-guerre de relever un pays en ruine pour en faire la quatrième puissance du globe. Autrement dit, cette société rigide a rendu possible les trente glorieuses, une période exceptionnelle de rattrapage économique qui a permis de rendre économiquement possible des aspirations dun ordre supérieur. Mais il semble quil existe comme une loi dévolution des sociétés en vertu de laquelle des générations de fourmis finissent par engendrer des générations de cigales
En comparaison de leurs aînés, la génération 68 fut bénie des dieux. Il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac, en collant une étiquette réductrice à toute une génération. Mais les leaders les plus charismatiques du mouvement de mai 68 ont mangé la soupe capitaliste des trente glorieuses dans laquelle ils nont eu de cesse de cracher au nom dune critique hystérique du libéralisme révélatrice de leur ignorance fabuleuse des principes économiques. Ils ont connu la révolution sexuelle sans le sida. Ils ont rejeté des parents qui avaient connu les privations, la guerre et la souffrance. Ils ont laissé pousser des enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et dexpérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. Ils ont profité de tous les acquis sociaux, s'empressant de partir aujourdhui à la retraite (avec anticipation) avec le pactole et une espérance de vie en augmentation de sorte que la durée de vie à la retraite sera bientôt aussi longue que la vie active.
Qui paiera ?
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